dimanche 17 mars 2019

15 & 16 mars une fin de semaine très active pour les GPclimat-GE!

Dans la matinée du 15 mars, à l'invitation de la Manif des étudiants, Marie-Christine et Jaclim sont allées présenter l'assos' aux étudiants du Collège de Staël puis Jaclim s'est rendue aux Vendredis de la Transition où nous participons depuis plusieurs semaines à un dialogue intergénérationnel.

Et à 14h ce fut la MANIF où un groupe fourni de GPclimat-GE a défilé parmi les 5000 manifestants pour montrer notre volonté de changement devant l'urgence climatique.





En soirée, à Confignon, à la suite de la représentation de L'ÉMEUTE d'Yvan Richardet, nous avons inauguré notre nouveau jeu "La durée de vie des déchets dans la nature" qui complète avec le Cyclotrain notre stand d'animation didactique.




















Jaclim en compagnie de Ruth Bänziger, Conseillère administrative de la Ville d'Onex chargée de l'environnement et du développement durable.



















Jaclim et René entourant Yvan Richardet après son spectacle: un comédien très brillant et très engagé.

Le samedi 16 mars, pendant que le Cyclotrain et "La durée de vie des déchets dans la nature" se trouvaient, dans le cadre de L'AUTRE SALON, à la Bourse aux vélos de St Jean, Jaclim participait au tournage d'une vidéo pour annoncer la Journée de ramassage des déchets qui aura lieu le 13 avril dans le quartier des Avanchets.



Pendant la Bourse aux vélos, des élèves d'une classe du Cycle d'orientation de Cayla, testent leurs connaissances sur les énergies et les modes de déplacements.

mercredi 13 mars 2019

16 MARS L'AUTRE SALON

Dans le cadre de l'AUTRE SALON, le CYCLOTRAIN et le JEU la DURÉE DE VIE DES DÉCHETS seront à la BOURSE aux VÉLOS à la MAISON de QUARTIER de ST JEAN le samedi 16 mars de 10h à 16h

15 MARS MANIF des JEUNES + INAUGURATION de notre JEU "La Durée de Vie des Déchets dans la Nature"

VENEZ NOMBREUX !

Comme vous le savez certainement, la jeunesse poursuit dans le monde entier son mouvement de grèves, en protestation contre l'inaction des gouvernements face au dérèglement  climatique. Vendredi 15 mars à Genève, le départ de la marche se fera Place des 22-Cantons à 14h, comme lors de la manifestation du 2 février. Pour ceux qui pourront se joindre à nous, le rendez-vous sera aussi le même que ce mémorable samedi 2, à savoir à 13h50 devant chez Martel rue Cornavin tout près de Manor. Nous aurons une petite pancarte GPclimat comme signe de ralliement.

Autre évènement ce même vendredi:
Inauguration de notre jeu “La Durée de vie des Déchets dans la Nature” dans le cadre de la soirée organisée par la commune de Bernex, en association avec les communes de Confignon et Onex, qui accueillent  Yvan Richardet pour son spectacle « l’Emeute » (déjà bien connu par certains d’entre vous !)
Le spectacle aura lieu à la salle communale de Confignon (Ch. Sous-le-Clos 32 - 1232 Confignon). Ouverture des portes dès 19h (buvette et petite restauration sur place) et début du spectacle à 20h30. Entrée libre.

mercredi 6 mars 2019

Save the Date: 10 mars Les premiers pas d'un monde qui marche. Nous y serons!

Save the Date: 10 mars à l'Espace Pitoëff
Les premiers pas d'un monde qui marche


Exceptionnel !
À l'Espace Pitoëff ce dimanche 10 mars: 
Un monde qui marche 10h00-13h30 avec Rajagopal et Cyril Dion
Venez nombreux rencontrer Rajagopal et de Cyril Dion sur le thème des marches:
Puis nous poursuivons au 17e Festival du film et forum international sur les droits humains:
Débat et film (Attention il faut prendre des billets) 
Après Demain à l'Espace Pitoëff à 14h00.
Discours: Rajagopal P.V., initiateur indien de Jai Jagat, marche mondiale pour la justice climatique
Introduction: Jean Rossiaud (Mouvement de la Transition), Henri Monceau (Représentant permanent de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auprès des Nations unies à Genève)
Débat: Cyril Dion (Cinéaste, co-réalisateur de Demain et activiste de l'environnement), Lisa Mazzone (Conseillère nationale, Les Verts Genève), Dominique Bourg (Professeur en Géographie et Durabilité, Université de Lausanne), Valentin Zellweger (Ambassadeur, représentant permanent de la Suisse auprès de l’ONU à Genève)
Modération: Stéphane Bussard (Journaliste, Le Temps)

Les vendredis de la Transition le 8 mars de 12h à 14h GPclimat-GE participe rejoignez-nous!

Les vendredis de la Transition

de 12h00 à 14h00
(accueil: 12h00-12h15)

Maison des associations | salle Equitable

Vendredi 8 mars 2019
ConverGénérationS & ConverGenreS 

Nos deux premières discussions inter-généationnelles du 1er février et du 1er mars, sur le climat ont été fructueuses : elles ont montré la nécessité d'un dialogue entre les jeunes grévistes et les aînés pour le climat, notamment sur la communication, la mobilisation, les représentations, la transmission des ressentis, des expériences et des connaissances.

Groupes de travail pour ce vendredi:
  • info & sensibilisation de la population sur l’urgence climatique (Philippe)
  • action directe par rapport à l’absurdité écologique des denrées alimentaires hors saison (Sylvia)
  • Baissons les gaz (Claudine)
  • Organisation de la mobilisation pour la journée mondiale contre la pub du 25 mars (Quentin, Ramona)
  • La mobilisation pour le 8 mars (l'après-midi), 10 mars et le 15 mars

Pour rappel: la mobilisation des Jeunes pour le Climat est unanimement reconnue comme un fait nouveau. Les jeunes de toute la Suisse ont appelé à une véritable prise de conscience politique sur la crise climatique ! Et ils veulent du concret.
Les Jeunes demandent aux politiques que soit reconnu le statut de crise écologique majeure et exigent la réduction à 0 de gaz à effet de serre d’ici à 2030.

De leur côté, les Grands-parents pour le Climat se sont également fait entendre pour des revendications très proches. Le message est directement adressé aux autorités politiques.

Les générations futures veulent un avenir. Elles veulent tout de suite pouvoir se rêver et se projeter sereinement et avec confiance dans un futur désirable. Les anciens se battent pour leur laisser une terre propre et vivable !

Quel que soit notre âge, il ne s'agit plus de se battre uniquement pour les générations futures: les jeunes générations d'aujourd'hui demandent que nous soyons solidaires avec elles immédiatement et que nous décrétions l'urgence climatique.
 Le dialogue entre les générations est nécessaire pour articuler les mobilisations et mettre le « monde politique » au pied du mur. C’est ce que propose une nouvelle fois ce Vendredi de la Transition.


Les prochains vendredis:
Ce vendredi 8 marsConverGenreS: Journée internationale pour les droits des Femmes. Préparation de la Marche pour le droit des femmes.

Le vendredi 15 marsGrève du climat et suite des discussions avec la FRACP.

Le vendredi 22 mars, La Maison des Associations en Transition!

Le vendredi 29 marsPremiers pas d'un monde qui marche: Bilan des 10 & 15 mars.


Save the Date: 10 mars
Les premiers pas d'un monde qui marche


Exceptionnel !
Ce dimanche 10 mars: 
Un monde qui marche 10h00-13h30 avec Rajagopal et Cyril Dion
Venez nombreux rencontrer Rajagopal et de Cyril Dion sur le thème des marches:
Puis nous poursuivons au 17e Festival du film et forum international sur les droits humains:
Débat et film 
Après Demain à l'Espace Pitoëff à 14h00.
Discours: Rajagopal P.V., initiateur indien de Jai Jagat, marche mondiale pour la justice climatique
Introduction: Jean Rossiaud (Mouvement de la Transition), Henri Monceau (Représentant permanent de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auprès des Nations unies à Genève)
Débat: Cyril Dion (Cinéaste, co-réalisateur de Demain et activiste de l'environnement), Lisa Mazzone (Conseillère nationale, Les Verts Genève), Dominique Bourg (Professeur en Géographie et Durabilité, Université de Lausanne), Valentin Zellweger (Ambassadeur, représentant permanent de la Suisse auprès de l’ONU à Genève)
Modération: Stéphane Bussard (Journaliste, Le Temps)



Agenda de la transition

  • Vendredi 1er mars - dimanche 14 avril14e festival du Film Vert
    - Le cinéma pour un future durable.
    Détails et programme
  • Mardi 5 mars: Table ronde sortie du livre sur les droits des paysan.ne.s, organisé par le CETIM, 18h30 - 20h30, Palais Eynard, rue de la Croix-Rouge 4, Genève.
  • Vendredi 15 mars: Grève pour le climat en Suisse et dans une soixantaine de pays
  • Jusqu'au lundi 25 mars: Vous avez une idée ou un projet qui s'inscrit dans le cadre du développement durable de notre économie/société ? Postulez au Prix IDDEA !
  • Lundi 25 mars: Conférence Entreprises responsables : trouver des solutions pour demain dans le cadre de l'initiative multinationales responsables, 19h30 - 21h00, Université ouvrière de Genève, place des Grottes 3, Genève. Plus d'infos et d'événements.
  • Le dimanche 24 mars après-midi: à l'occasion de la Journée mondiale sans publicités (25 mars), le CLIP, le GLIP et le ROC-GE s'associent et vous proposent de les rejoindre:
    Dans les locaux de Pôle-Sud à Lausanne (Flon) pour une après-midi dédiée à élargir les horizons, débattre, renforcer les liens entre les collectifs romands de lutte contre l'invasion publicitaire.
    AU PROGRAMME: Création d'un poster-manifeste, Forum ouvert et/ou world-café, réflexion sur les futures actions à mener, préparer un scénario de documentaire, jeux, atelier de collages et détournements de pubs, échanges d'expériences, tables rondes thématiques, reportage vidéo, mini-conférences.

A vendredi !
Les vendredis de la Transition

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Les vendredis de la Transition ont été reconnus comme un lieu adéquat pour se donner de l’information sur les mobilisations sur le Climat, renforcer le réseau des différents acteurs constitués, avec les citoyens mobilisés, interpeller les politiques et trouver des cibles communes.
Pourquoi Les vendredis de la Transition ?
Aux vendredis de la Transition, nous savons qu’« il existe des solutions immédiates et concrètes au changement climatique » (Alternatiba), que « chacun peut faire sa part » (Colibris) et qu’« il est possible de faire de nos quartiers des logiciels libres » (Quartiers collaboratifs) pour construire dès aujourd’hui une société post-carbone et post-spéculative. Le léman, notre monnaie, est notre « carte d’identité locale » de la transition.

D’autres structures sont invitées à nous rejoindre et ce afin de compléter les champs d’action et d’expertise de chacun.

Au plaisir de contribuer à relever avec vous ce nouveau défi, lors des Vendredis de la Transition.
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samedi 2 mars 2019

LE TEMPS du 2 mars 2019 Interview de Sophie Swaton

Sophie Swaton: «La planète arrive à un point de rupture»
Difficile de donner tort à ceux qui nous prédisent «l’effondrement globalisé», selon la philosophe et économiste à l’Université de Lausanne. Plusieurs limites de notre planète ont été dépassées et la situation en Suisse pourrait se détériorer ces prochaines années déjà. Comment cohabiter avec cette ambiance de déclin?
Manifestations citoyennes. Rapports alarmistes. Initiatives privées ou publiques. Déclics personnels. Ces derniers mois, le sentiment d’urgence face au réchauffement climatique s’intensifie. Le 15 mars prochain, une manifestation est d’ailleurs prévue en Suisse comme dans le reste du monde pour appeler à une prise de conscience générale sur cette problématique.

Mais, à en croire certains, le climat ne serait qu’un problème parmi d’autres. En France notamment, le discours des «collapsologues», apôtres d’un chaos imminent, a toujours plus d’écho. Troisième guerre mondiale, déforestation, pic pétrolier, crises migratoires, assèchement des terres… Selon eux, «l’effondrement général» de notre civilisation devrait survenir d’ici à 2025 et transformer radicalement l’Europe (et la Suisse).
Sophie Swaton, philosophe devenue économiste, maître d’enseignement à l’Université de Lausanne, connaît bien ce courant de la collapsologie, «très à la mode». Et, aussi dramatique soit-il, elle a de la peine à lui donner tort.
Le Temps: Est-ce que l’état de la planète est aussi angoissant que le prétendent les plus sombres prédicateurs de «l’effondrement»?
Sophie Swaton: C’est bien sûr commode de croire à un complot de bobos-écolos-communistes-socialistes. Mais les faits sont têtus. Regardez les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les rapports sur la biodiversité, le réchauffement des océans, l’évolution du nombre de poissons, la déforestation… Quand on se penche sur ces graphiques, il est impossible de nier que la planète en arrive à un point de saturation, de rupture. Les «collapsologues» parlent «d’effondrement», mais l’idée est la même. Pour éviter cela, l’heure est aux décisions radicales.
La Suisse va-t-elle vraiment manquer d’eau potable et d’électricité d’ici à 2025 ou 2030? N’est-ce pas exagéré?
La Suisse sera bien évidemment moins frappée que d’autres régions du monde. Mais, si l’on continue sur la lancée actuelle, je pense raisonnable d’affirmer qu’on devra, ici aussi, composer avec des problèmes d’approvisionnement en nourriture. Selon les régions du pays, il y aura de fortes canicules l’été, à près de 50 degrés. Il y aura une importante pression sur les coûts de la santé car elle se dégradera dans toutes les strates de la population. Il y aura davantage de fonte de glaciers et des pans entiers de notre économie auront disparu. Et surtout, il faudra faire face à une forte pression migratoire pour accueillir des réfugiés climatiques en abondance.
Que répondre à ceux qui affirment que les nouvelles technologies apporteront, comme elles l’ont toujours fait dans notre histoire, les bonnes solutions?
Il faut regarder ce qui se passe avec le pétrole. Celui que l’on utilise aujourd’hui n’est plus du brut conventionnel car il est récupéré grâce à la fracturation hydraulique. Ces nouvelles technologies sont techniquement géniales mais aussi très gourmandes en énergie. A l’époque, il fallait l’énergie d’un baril pour en extraire cent. Aujourd’hui, avec l’énergie d’un baril, on n’en extrait plus que quinze. Et d’ici à vingt ans, il faudra trouver une nouvelle alternative au pétrole non conventionnel car il n’y en aura plus. La question, mathématique, est très simple: on dépense toujours davantage d’énergie pour en trouver toujours moins. Le concept du EROI (retour sur investissement énergétique) va nous forcer à revoir notre manière de consommer. La croissance mondiale, qui dépend à 80% des énergies fossiles, est structurée sur l’imaginaire que nos réserves sont inépuisables. C’est bien sûr faux. La question cruciale est donc: comment réallouer les ressources énergétiques qui nous restent pour effectuer cette transition? Car si l’on ne mise que sur les technologies en conservant le même modèle, les ressources vont fatalement s’épuiser.
Le nucléaire, le charbon, le photovoltaïque, l’éolien, le gaz… Tout cela peut remplacer le pétrole!
Bien sûr, mais l’exemple que je donne avec le pétrole est le même pour toutes ces énergies. Que deviennent les déchets radioactifs utilisés dans les centrales nucléaires? Comment gérer l’impact du charbon sur le climat? Et d’où proviennent les métaux semi-précieux que l’on utilise pour les panneaux photovoltaïques? Il y aura toujours un impact sur l’environnement. Il faut arrêter de séparer les problématiques énergétiques, économiques et écologiques. Ces trois domaines sont intimement liés. Ce d’autant que d’autres ressources sont menacées. L’eau, que l’on consomme notamment pour produire du coton ou des céréales, pourrait manquer d’ici au milieu du siècle. Idem pour le sable.
Selon vous, quels sont les problèmes les plus critiques?
La déforestation en Amazonie ou en Asie me fait extrêmement peur. Comme la perte de la biodiversité et l’acidification des océans. Mais le plus inquiétant concerne l’explosion démographique. On va passer à 9 milliards d’individus en 2050, c’est beaucoup trop.
Vous avez combien d’enfants?
Trois. Oui, je sais que c’est trop. J’ai eu un déclic tardif. De toute façon, j’ai horreur de cette approche qui consiste à culpabiliser les gens. Nous devons aussi apprendre à vivre avec nos propres contradictions tout en les remettant en question.
Comment la philosophe que vous êtes éduque ses enfants dans ce contexte?
C’est une question que je me pose tous les jours. C’est difficile d’arbitrer entre notre rôle de parents qui est de rassurer et d’être positif… tout en leur disant la vérité sur ce qu’il se passe. Je ressens une double culpabilité: d’abord de leur laisser une planète en si mauvais état et ensuite de leur voler une part de leur insouciance. C’est difficile aussi d’expliquer que l’on refuse à notre adolescent un voyage de classe en Italie à cause de l’avion. Mais je crois qu’il est capital de leur faire comprendre que le monde que nous connaissons aujourd’hui ne sera plus le même demain.
Et comment réagissent vos étudiants lorsque vous leur décrivez cette situation?
Ils sont atterrés. Certains, déprimés. Ils me demandent pourquoi ils ne le réalisent que maintenant. Ma réponse: les médias comme les rapports officiels tentent toujours de présenter le bon côté de la médaille pour éviter d’être taxés de cassandres. Il y a eu dans les années passées un gros problème dans l’information, dans la vulgarisation et donc dans l’action.
Est-ce que cette façon dramatique de présenter la situation est nécessaire pour générer le déclic entraînant les «décisions radicales» citées plus haut?
Les chercheurs se demandent depuis un moment comment faire pour donner la pleine mesure de ce désastre qui s’annonce. Le cerveau de l’homo sapiens est ainsi fait que, tant que l’on ne voit pas le danger en face, on ne réagit pas. Donc, ma réponse est oui. Et c’est d’ailleurs – si l’on peut dire – les bons côtés des drames climatiques de ces derniers temps: plus personne ne peut nier le problème. Les gens le sentent dans leur corps. Ce mois de février particulièrement chaud laisse par exemple un sentiment de malaise chez beaucoup d’entre nous.
Un constat comme celui-ci ne peut qu’entraîner de profondes angoisses… Comment vivre avec?
Il ne faut pas que ça soit un tabou. Je crois qu’il faut en parler autour de nous sans culpabiliser les gens. Mais je vois monter par exemple ces «conversations carbones», des groupes de personnes qui dialoguent sur cette thématique ensemble, ce qui permet d’atténuer le choc de cette prise de conscience. Il faut aussi s’interroger chacun de son côté, sur son alimentation, sa consommation d’énergie, sa mobilité, son habillement… A-t-on vraiment besoin de cette voiture, de cette perceuse électrique et de tous ces nouveaux vêtements? Ou préfère-t-on que nos enfants vivent bien?
Quelles sont les solutions? Faut-il agir seul dans son coin?
Rester seul, c’est trop dur. Notre société ne mise que sur l’individu et l’on a perdu le sentiment du clan, de la famille. C’est une erreur. Sans tomber dans les communautés babas cool des années 1960, demandons-nous comment renouer avec nos voisins, concevoir des réseaux de coopération. Ce sera le grand débat du XXIe siècle: comment réimaginer vivre ensemble avec un stock limité de ressources. En termes de consommation, il faut miser sur les circuits courts, se réapproprier la chaîne de production des aliments. Je suis d’ailleurs contre le caillassage des bouchers; s’ils traitent bien les animaux c’est justement sur eux que l’on doit compter pour manger encore un peu de viande demain.
Que vous inspirent les manifestations de ce début 2019?
Les jeunes réalisent mieux le problème que nous. Même si les week-ends à Barcelone avec EasyJet restent un modèle. En même temps, il y a énormément d’initiatives que l’on ne taxe plus de renouveau de 1968, des documentaires comme Demain n’ont jamais eu autant de succès… Je sens monter un mouvement citoyen, un vrai ras-le-bol des gens. Ce sont des bons signes. Les codes changent. Dans toutes les professions, le climat devient une thématique. Certains avocats défendent désormais l’environnement, des médecins cherchent comment soigner la Terre… Tous les métiers repensent actuellement leur rapport à l’écologie. Ça m’inspire de l’espoir. Nous devrons bien sûr changer, mais nous avons une mince fenêtre de tir pour transiter intelligemment et éviter une terrible catastrophe.
Quelle pourrait être la traduction politique de ces mouvements?
C’est une vraie question, car il ne faut pas tomber dans le «fascisme vert» qui porterait atteinte à nos libertés fondamentales. Je pense qu’il ne faut pas seulement interdire, mais imaginer des taxes, évolutives selon les portefeuilles. Car ce sont les plus riches – j’en fais partie – qui consomment le plus. En revanche, il faut faire très attention à ne pas pénaliser les classes plus modestes, car, sinon, on aboutit à la crise des «gilets jaunes» en France. En Suisse, le signal politique est encore inexistant. Regardez l’échec de la taxe carbone au parlement…
Certains affirment que cette quête perpétuelle de la croissance et du «toujours plus» est un moyen d’oublier notre angoisse existentielle de la mort. De fait, trouver une alternative à ce modèle sera très difficile. Qu’en dites-vous?
C’est tout à fait juste. Le «toujours plus» répond à notre peur de ce monde fini. Les études l’illustrent bien: les personnes les plus attachées aux biens matériels, qui accumulent les produits de luxe, sont celles qui souffrent le plus de l’angoisse de la mort. Ceux qui vivent sereinement l’idée de leur propre disparition (qu’ils soient croyants ou non) ont beaucoup moins d’attaches aux biens matériels. Ils ont une vision différente du capital.
Pourquoi?
Prenons un peu de recul. Grossièrement résumé, selon Aristote, «l’art d’acquérir» doit être au service «de la vie bonne et du bonheur humain». Et la vie doit, elle, être dédiée à la discussion, à l’agora, à la démocratie, à l’apprentissage de la mort. Cette conception durera jusqu’au XVIIe siècle. Avec la découverte des continents et l’accès aux ressources, on entre alors dans une autre conception de la richesse: ce n’est plus voter ou délibérer mais accumuler. Cela coïncide avec le moment où l’on commence à mesurer l’impact de l’activité humaine sur la nature. Dans la foulée, avec notamment Descartes, on prône la domination de la nature par l’homme. On cherche moins à comprendre le monde qu’à le posséder. Cette conception du monde infini est toujours enseignée aujourd’hui.

Votre récent livre défend l’idée d’un revenu de transition écologique. Quel est son fonctionnement?
Ma thèse de doctorat concernait le revenu de base inconditionnel. Je défendais alors un modèle de croissance et d’emploi sans tenir compte de la donne environnementale. Le revenu de transition écologique que j’ai imaginé fonctionne différemment et conditionne l’obtention d’un revenu à trois choses: entreprendre une activité reconnue comme écologique et sociale par une liste de parties prenantes (associations, entreprises, politiciens, etc.), accompagner cette activité par de la formation et adhérer à une structure démocratique pour faire transpirer les connaissances acquises. Concrètement: dans son travail quotidien, un maçon n’a pas les moyens ou le temps d’imaginer d’autres façons plus durables de faire son travail. Avec ce revenu, il pourrait prendre dix-huit mois pour faire sa transition.
Et qui paierait ce revenu?
C’est comme une entreprise, il faut un capital de départ. J’imagine un fonds privé/public qui permettrait de lancer cette organisation. Vu la situation qui nous attend, ces emplois seront logiquement incontournables dans cinq ans. Ils devraient donc être rentables et permettre… de nourrir le fonds de départ. Nous devrons véritablement compter sur ces métiers pour survivre en 2025. Mais ces connaissances ne sont pas forcément nouvelles. Certains savoirs de nos grands-parents, par exemple, reviendront d’actualité.